La sélection 2026 de courts métrages confronte notre époque
par Léo Ortuno
par Léo Ortuno
La sélection 2026 de courts-métrages confronte notre époque, avec des visions sensibles où l’espoir surgit de toute part. Intimes, déroutants, singuliers, tendres et affûtés, les dix films de la compétition témoignent de notre société qui implose, sans céder à la résignation.
Prendre acte du réel et le transfigurer par la fiction, c’est ce que propose Nafron, dans une Syrie en ruine suite à la chute de Bachar el-Assad. Daood Alabdulaa montre une déambulation apocalyptique dans une ville désaffectée où, après les traumas, tout est à reconstruire.
Que faire des paysages détruits ? Visite en terre irradiée donne une autre réponse en suivant une sortie touristique à travers un village qui a connu une catastrophe nucléaire. Avec une animation qui vibre au fil du récit, Anne-Sophie Girault signe une dystopie troublante.
Certains films permettent aussi un retour aux sources ; La photo de classe dresse le portrait mélancolique de deux trentenaires revenant dans l’école de leur enfance. Arnas Balčiūnas déploie un sens du cadre remarquable au service de ces personnages en quête de lien.
Un retour aux origines sous la forme d'une quête identitaire, c’est aussi le trajet de „Vaterland“ oder Ein Bule Namens Yanto, réalisé par Berthold Wahjudi. Dans ce récit doux-amer, il conduit son héros d’un train allemand jusqu’à la découverte de ses racines indonésiennes.
L’enfance est le lieu des histoires, comme dans City of Owls, une fable métaphorique envoûtante. Sa réalisatrice, Zhenia Kazankina, transforme les pannes de courant en exploration fantastique d’une nuit de tous les possibles.
Avec Man’mi, le conte est un refuge pour une petite fille qui assiste impuissante aux difficultés de sa mère. Aude N'Guessan Forget tisse un récit tout en douceur, traversé par la violence sourde d'un racisme systémique.
D’autres œuvres promettent une déconnexion totale comme Adgwa-Ata, un voyage animé et halluciné au cœur de tribus féminines d’une jungle imaginaire. Zsuzsana Kreif réalise une satire pop, où trivial et divin composent un mix éclatant.
Il y a autant de folie dans หาอะไร? What do you seek in the dark ? et sa salle de cinéma fantomatique devenue lieu de rencontre gay. Tossaphon Riantong rend hommage à l’histoire du septième art, tout en la dynamitant avec ses personnages mus par un désir ardent.
Pickpockets et arnaques foireuses sont au programme du détonnant Skinny Bottines. Dans un Montréal en surrégime, Romain F. Dubois imagine une histoire de transmission aussi réjouissante que burlesque.
Enfin, la réalisatrice Sarra Ryma propose un autre duo irrésistible. Dans À quoi rêvent les Maknines, deux drôles d'oiseaux arpentent un Alger où la poésie flirte avec le désenchantement.
La séance spéciale prolonge ce souffle et navigue entre pulsion destructrice et élan vital. Dans La Sentinelle, Nahuel Pérez Biscayart interprète un soldat désabusé. Ali Cherri lui offre une parenthèse suspendue, dans ce quotidien en perte de sens. À cette solitude répond celle des jeunes femmes d’I Think You Should Be Here. Elie Grappe et Anna-Marija Adomaityté mettent en scène la vie sous algorithmes avec ce documentaire qui a le sens du mouvement. Pour conclure, Laïs Decaster nous convie dans l’intimité d’un salon pour suivre les montagnes russes d’une Love Story. Une chronique amoureuse autant qu’amicale, qui emporte par sa verve et sa générosité.
Avec cette sélection, nous affirmons une fois encore notre volonté de découvrir de nouveaux talents et de les soutenir au-delà de ces films Les cinéastes pourront ainsi bénéficier de l’atelier Next Step, notre programme d’accompagnement vers le long métrage.