Entretien avec ZOU Jing, réalisatrice de La Deuxième fille

par Laurent Hérin

A Girl Unknown, premier long métrage de la réalisatrice Zou Jing, suit la quête d’identité d’une jeune Chinoise, ballottée de l’enfance à l’adolescence entre trois familles. Un récit intime et bouleversant qui éclaire sur le destin de ces petites filles abandonnées en Chine entre les années 1980 et 2000.

Entretien avec ZOU Jing 

Est-ce que votre film est un récit d’apprentissage ? 

Oui, c’est le récit d’apprentissage d’une jeune fille ballottée de l’enfance à l’adolescence entre trois familles différentes, en quête d’appartenance et de son identité ; elle tente de redéfinir ce que sont l’amour et la famille. 

Pourquoi avez-vous choisi ce sujet ? 

L'histoire est inspirée de ma Naï Naï (ma grand-mère paternelle), qui m’a en partie élevée et dont j’étais très proche. Elle a été abandonnée peu de temps après sa naissance en 1936 et accueillie dans une famille d’un autre village. Je n’en ai eu connaissance qu’après son décès. Je me suis mise à imaginer son enfance, comment elle avait grandi avec le poids de cette absence. Sous sa force, n’avait-elle jamais pleuré en silence la nuit ? Cette femme était d’une résilience incroyable : inébranlable face aux épreuves, elle était toujours douce et tendre envers les autres. La protagoniste de ce film est porteuse de cet esprit. Il y a quelques années, je suis aussi tombée sur un article à propos d’un couple qui avait confié leur fille à un autre couple et qui, dix ans plus tard, a entamé des recherches dans l’espoir de la récupérer. Ils ont découvert qu’après avoir été abandonnée une première fois, leur fille s’était retrouvée dans une seconde famille adoptive. Ces événements m’ont touchée et inspirée. Par la suite, j’ai rencontré plusieurs jeunes femmes qui avaient connu des expériences similaires. Nées à la fin des années 1980, elles ont grandi dans les années 1990, un période où l’on semblait accepter en silence que les jeunes filles soient abandonnées ou confiées. 

À cette époque, quand un couple avait une première fille, ils tentaient d’avoir un deuxième enfant ; si c’était encore une fille, elle risquait d’être abandonnée. Il était même courant que cette deuxième fille ne soit pas inscrite au registre officiel. Par conséquent, elle n’avait pas de statut, c’était comme si elle n’avait jamais existé. Tout cela était extrêmement cruel et se passait en silence. J’ai donc décidé d’ancrer mon histoire dans cette période, convaincue qu’il était important d’attirer l’attention sur ce phénomène social. Si beaucoup de choses ont changé depuis, l’empreinte de cette histoire demeure et le traumatisme générationnel résonne encore aujourd’hui. 

Comment avez-vous trouvé les comédiennes ? 

Nous avons mis beaucoup de temps à trouver l’enfant. Je ne voulais pas d’une jeune actrice formée, mais quelqu’un de nouveau, de naturel, qui soit capable d’exister pleinement devant la caméra. Quand j’ai rencontré Cao Ruofan, ça a été le coup de foudre. Elle a une présence instinctive, extrêmement naturelle. J’ai choisi de ne pas lui donner le scénario, afin qu’elle ne puisse pas deviner ce qui allait suivre et qu’elle reste pleinement dans le moment présent. Je l’ai guidée étape par étape et elle n’a jamais cessé de me surprendre. 

Li Gengxi, qui joue Wu Lian adolescente, a apporté une autre profondeur. Elle a beaucoup d’expérience et de sensibilité et c’était très facile de travailler avec elle. On s’est comprises instinctivement.  

Votre court métrage Duo Li (LIli, toute seule) a remporté le Prix Leitz à la Semaine de la Critique en 2021. 

Je suis très reconnaissante de revenir à Cannes avec mon premier long métrage, particulièrement à la Semaine de la Critique, avec qui j’ai également participé au programme Next Step et remporté le Prix Hildegarde. 

À la Semaine de la Critique