Entretien avec Laïs Decaster, réalisatrice de Love Story

par Raphaëlle Pireyre

Alyssa a rencontré un homme mais il est déjà en couple ... de cette simple histoire naissante, fragile et mal embarquée, la caméra de Laïs Decaster fait un traité de l’amour et de l’amitié. Seule face à l’objectif puis entourée de sa soeur jumelle et d’amies de plus en plus nombreuses, Alyssa décrit en douze mois qui sont autant de chapitres du film l’évolution de ses sentiments. Conte rohmérien 100% féminin et exclusivement tourné dans l’intimité d’un petit salon, Love Story forme l’oxymore de rendre présent à nos yeux une immense histoire d’amitié collective en ne parlant que de couple, de sexualité et de romance.  

Entretien avec Laïs Decaster

Vous filmez régulièrement vos proches de façon spontanée, comment décidez-vous qu’un film est en train de naître ?  

Cela dépend  de chaque film. Dès la première fois où j’ai filmé mon amie Alyssa qui me parlait de son histoire naissante, elle racontait avec tellement de passion et elle avait tellement de joie à être devant la caméra que cette fois-ci j'ai tout de suite senti qu'il y aurait un film. Je l’avais déjà filmée dans J’suis pas malheureuse où j'adorais déjà sa présence. Mes films sont très liés les uns aux autres, j’y enregistre mes amies, ma sœur. En fait, c'est un groupe de coaching, tout le monde se connaît. Mon désir de filmer naît des histoires qui leur arrivent. Je ne croyais pas que cette histoire tiendrait, je pensais montrer plus généralement son rapport à l’amour et au couple. J’ai filmé à peu près une fois par mois, ce qui correspond finalement au chapitrage du film. J'ai tout de suite compris que ce serait un film en épisodes et qu'il fallait qu'on comprenne le temps qui passe. 

On est dans ce qui se présente d’abord comme un drame amoureux mais raconté avec beaucoup d’humour.  

Alyssa elle a un côté magicienne, elle tire les cartes par exemple, c’est une conteuse hors pair. Elle parle de sexualité féminine de façon très naturelle. Tout cela correspondait aux thèmes du travail de l’illustratrice Amina Bouajila à qui j’ai commandé des dessins qui chapitrent le film et viennent contrebalancer un peu la parole. Le travail sur la musique décale aussi le ton du film. Au montage, j’avais calé la reprise minimaliste de Paroles, paroles par un compositeur japonais. Théo Cantelli avec qui je travaille depuis longtemps, qui a fait le son sur La Peau dure, a repris ce thème et l’a emmené ailleurs, ce qui apporte beaucoup.  

Votre travail esquisse une sorte d’étude générationnelle sur l’amour, le désir, la sexualité, le couple, se dessine dans ce récit très intime.  

C'est vrai qu'à travers mes proches, je perçois quelque chose de notre génération mais ce à quoi je pense en les filmant, c’est surtout que je me sens tellement bien avec elles qu'il faut absolument que d'autres gens les voient. J’ai envie de montrer que ces femmes n'ont pas peur de parler parce que l’on construit un groupe très uni contre le reste du monde, contre les problèmes, amoureux ou professionnels. Ce qui m’importe, c’est comment on se raconte soi-même et comment ce qui apparaît au départ comme une petite aventure devient par la parole, par ce que les filles en font, une grande histoire.  

À la Semaine de la Critique

Love Story

2026

Court métrage

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