Entretien avec Julien Gaspar-Oliveri, réalisateur de La Frappe

par Marilou Duponchel

Entretien avec Julien Gaspar Oliveri

Genèse
J'ai toujours eu envie de faire un film sur le père. Petit à petit, une première mouture est venue aborder le sujet de façon assez frontale. Je me suis ensuite beaucoup documenté pour me dégager de mon histoire et aller à la rencontre d'autres profils. Je ne voulais pas être dans l'autobiographie parce que le sujet mérite d'être universel. La vraie problématique est : pourquoi a-t-on autant de mal à ne plus aimer ses parents ? J'ai toujours eu une obsession pour les liens familiaux, surtout la question de l'héritage — qu'on le veuille ou non — et celle des parents qui sont comme des dieux pendant longtemps, puis qui deviennent nos bourreaux.

Dispositif
J’ai toujours envie d’une caméra documentaire, accidentée. Je travaille cet aspect avec Martin Rit, à l’image, depuis longtemps. Le zoom me permet d’aller plus loin que le scénario dans lequel les choses ne sont pas dites, tout est sous la peau, intériorisé. On rit, on se gueule dessus mais on ne dit jamais quel est le vrai problème. La caméra prévient qu'il y a quelque chose de monstrueux qui va arriver. Une fois que le monstrueux est là, on essaie d’inverser la tendance, de montrer que le monstre n’est pas visible, qu’il ne fait pas peur. C’est un film sur l’impossibilité de dire.

Acteur / réalisateur
J'ai fait du théâtre dès l'âge de huit ans. Pendant mes études au Conservatoire, j'avais l'impression que le théâtre ne me suffirait pas. J'ai commencé à réaliser parce que j'avais envie d'aller dans le détail. J'essaie de ne pas dissocier mon désir d'acteur quand je dirige. J'aime laisser beaucoup d'espace. Je donne les conditions de tournage dans lesquelles j'aurais adoré être en tant qu'acteur. Il y a eu de longs entretiens avec tous les personnages principaux pour décortiquer chaque scène, créer de la dramaturgie et faire apparaître les enjeux. Je ne répète pas les prises, on tourne tout de suite. Il n'y a pas de HMC sur mes films pour garder une espèce de réalité documentaire. Ce que je vais chercher chez l'actrice ou lacteur n'est pas l'endroit où il sabandonne, c'est l'endroit où il a aussi autre chose à faire que de soccuper de ce quil est, de comment il va jouer.

Acteurs et actrices
C'est un film qui s'est fait très rapidement avec peu de moyens, tourné en 22 jours. Il a fallu penser au casting très vite. Je me suis tourné vers Bastien [Bouillon] parce que je le connais depuis longtemps — nous étions au Conservatoire ensemble. Bastien a des qualités d'interprétation rares : une densité folle tout en donnant l'impression de ne pas faire grand-chose. J'ai repéré Diego [Murgia] sur une vidéo d'interview. Il a un physique que j'adore, un truc un peu enfantin et chétif, l'œil brillant et un sourire sur les lèvres qui lui échappe. J'ai vu énormément d'actrices mais je ne trouvais pas la fragilité que je recherchais. Pendant l'été, j'ai cherché en dehors des circuits d'agence et j'ai rencontré Romane [Fringeli] via une amie. Elle habite en Suisse, on s'est donc vu très tard. Dès que j'ai vu une photo d'elle, je savais que c'était le personnage. Elle n'avait jamais fait de cinéma, prenait des cours de théâtre à distance. Elle a tout appris sur le tournage. Elle m'a immédiatement convaincu et j'avais très envie de voir quelqu'un naître sur le plateau.

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