Entretien avec Bruno Santamaría Razo, réalisateur de Seis meses en el edificio rosa con azul
par Ava Cahen
par Ava Cahen
Dans ce drame familial et romanesque, Bruno convoque ses souvenirs de petit garçon, voilés par le mystère qui entourait la maladie de son père dans les années 90, époque où la sensibilisation au VIH est encore fragile et les préjugés tenaces. Une fiction parée de couleurs chaudes qui célèbre l’amour et l'enfance en jouant avec grâce des codes du documentaire et du home movie.
Entretien avec Bruno Santamaria Razo
Les premiers films ont souvent un fond autobiographique. Ici, vous puisez dans vos souvenirs d’enfance, essayant de combler les informations manquantes et de résoudre certains mystères. Fiction et documentaire se fondent parfaitement. Comment avez-vous réussi à créer cette magnifique synergie ?
Je ne savais pas que je voulais réaliser une fiction. J’ai commencé par mener des entretiens avec ma famille, essayant de provoquer des réflexions et de donner du sens à quelque chose de mon enfance que je trouvais douloureux et que je ne comprenais pas complètement. Quand j’ai fini ces entretiens, j’étais très ému mais surtout encore plus perdu. Donc j’ai commencé à écrire. Et ce faisant, puisant dans mes souvenirs et mes sensations, je me suis rendu compte que je ne travaillais pas seulement à partir de mes souvenirs, mais j'imaginais, j’inventais. C’est comme cela qu’est venue la fiction, presque sans que je m’en aperçoive, comme un outil à travers lequel je pouvais revenir en arrière. Non pas pour reconstituer une vérité factuelle, mais pour m’approcher d’une vérité émotionnelle. Elle est née d’une nécessité, comme un moyen de revenir en arrière, de regarder ou de ressentir le passé. Je suis ému quand je suis derrière la caméra et j’arrive à croire que ce que je regarde est réellement en train de se passer. Avec l’équipe, on essaye, aussi bien dans les interviews que dans les scènes construites, de créer un environnement dans lequel cette croyance peut perdurer. Il est important pour moi que tout ce qu’on filme ait la même intensité et la même véracité ; que ce soit une interview, du cinéma direct qui fait irruption dans la réalité de quelqu’un, une scène que je mets en scène et même une chorégraphie délibérément artificielle.
Ce film est magique à bien des égards et les performances des acteurs font vraiment ressortir cette magie. Comment avez-vous casté Bruno, son père Mundo et sa mère Diana?
J’ai travaillé avec deux amis incroyablement talentueux, Lau Charles et Meraqui Pradis. On a beaucoup cherché, mais le moment clé a été un atelier dans l’école primaire où j’ai étudié : une grande et magnifique école publique qui compte environ 1500 élèves. On a tenu des ateliers pendant un mois et demi à peu près et à partir de là, nous avons invité plusieurs enfants dans un espace plus petit en dehors de l’école ; c’est ce qui a tenu lieu de casting. Si le groupe d’enfants du film provient de ce processus, ce n’est pas là que nous avons trouvé Bruno. Un jour, on est allé voir une pièce, et dehors, près de la queue pour la billetterie, j’ai vu un enfant avec des yeux énormes et un haut court. Meraqui me regarde l’air de dire “il faut qu’on leur parle.” Pour la faire courte, ça a été le coup de foudre. C’est comme ça qu’on a rencontré Jade Reyes et à partir de ce moment-là une connexion s’est faite qui m’a profondément et personnellement transformé.
J’ai rencontré Lázaro Gabino dans un seul en scène. Sa manière de raconter les histoires, de jouer, de flirter et de séduire m’a immédiatement captivé. Il me rappelait mon père quand il était jeune. A l’époque, je ne voyais pas de ressemblance physique, mais ça m’était égal ; ce qui m'intéressait c’était son énergie.
J’avais rencontré Sofía Espinoza quelques années plus tôt quand je travaillais comme directeur de la photographie sur un court métrage dans lequel elle jouait. Cependant, ce n'est que lorsqu’un ami en commun m’a suggéré de la rencontrer pour parler du projet que c’est devenu évident que le rôle était pour elle. Sa capacité à s’emparer de mes idées avec soin et sa grande ouverture d’esprit m’ont immédiatement lié au personnage. On a travaillé en étroite collaboration avec elle, aux côtés de ma mère qui nous donnait des cours d’aérobic et nous entraînait.