Entretien avec Blerta Basholli, réalisatrice de Dua

par Chloé Caye

Nous sommes à Pristina, au Kosovo, dans les années 1990. La guerre gronde et les tensions entre les habitants battent leur plein. Mais Dua traverse elle aussi une période charnière : celle de l’adolescence. Histoire intime et drame historique se complètent pour dresser un portrait remarquable d’une jeune femme qui doit à la fois apprendre à vivre, et à survivre.

Entretien avec Blerta Basholli

Comme dans votre premier long métrage, Dua porte sur des personnages qui tentent de survivre à la guerre au Kosovo. Pourquoi est-il important pour vous de revisiter cette période et de guider le public international à travers cette histoire ? 

C’est quelque chose que j’ai vécu et, malheureusement, cela résonne très fort avec ce qui se passe actuellement dans le monde. Ayant grandi au Kosovo, la guerre n’était pas simplement un événement historique, elle se manifestait dans le comportement des gens, dans les silences, dans les rapports familiaux, et ce longtemps après sa fin. La guerre, ce n’est pas seulement les missiles dans le ciel ; la guerre est partout, dans les conversations, dans la manière dont on vous traite, dans cette menace qu’on sent à chaque coin de rue, y compris de la part de son propre voisin. Et pourtant, les gens trouvent le moyen d’espérer, d’aimer et d’écouter de la musique ; c’est ce que je trouvais intéressant de porter à l’écran. J’ai l’impression que ce sont ces points de vue très humains et intimes qui permettent au public de s’identifier, ils voient que ceux qui vivent la guerre ne sont pas différents d’eux ; ils aiment, ils luttent, ils rêvent, ils écoutent la même musique.  

Comment avez-vous recréé les années 1990 à l’écran ? 

Avec l’aide de mon équipe. Ce n’était pas facile de recréer les années 1990, surtout que Pristina a énormément changé. Mais il s’agissait avant tout de créer un monde qui semblait moins habité, plutôt que de faire une reconstitution historique. Bien sûr, on a été très attentifs aux détails – les costumes, les lieux, les objets, la texture du quotidien – mais il était tout aussi important pour moi de restituer l’atmosphère de cette époque. On a travaillé en étroite collaboration avec le chef décorateur et la costumière pour faire exister les sensations et à l’ambiance de cette époque.

Pourquoi avez-vous choisi de raconter cette histoire uniquement du point de vue d’une jeune fille ? 

Parce que ça offre un point de vue qu’on voit rarement, surtout dans les récits de guerre. À cet âge, les jeunes filles font face à des questionnements très spécifiques liés à leur identité, leur appartenance, leur corps, leur place dans un groupe ; tout cela se passe en silence, souvent sous la surface. Ce qui me semblait également important c’est que, pour elles, la guerre représente une menace différente, souvent moins visible, plus insidieuse. Il y a un sentiment constant de vulnérabilité qui façonne leur manière de bouger et de se comporter. Se concentrer sur ce point de vue m’a permis d’explorer cette rencontre de l’intime et du politique, la manière dont ces forces supérieures s’immiscent silencieusement dans le corps et la conscience d’une jeune fille. 

Pour le rôle de Dua, vous deviez trouver une comédienne capable de projeter beaucoup d’émotions sans passer par la parole. Le casting a-t-il pris beaucoup de temps ? 

Oui, ça a paris pas mal de temps ; on a mis 9 mois à trouver Dua et les autres adolescentes. On a visité toutes les écoles de Pristina. Je ne cherchais pas seulement quelqu’un capable de porter beaucoup de choses intérieurement, par sa présence, ses silences, des expressions très subtiles. C’est sa mère qui m’a proposé Pinea, mais elle ne voulait pas jouer dans le film. Pourtant, elle avait quelque chose de très authentique, je n’arrivais pas à l’oublier. Elle a cette capacité à faire passer des émotions très complexes sans avoir besoin de les expliquer, ce qui est essentiel pour le personnage. Heureusement qu’elle a accepté et on a eu l’immense joie de travailler avec elle !

À la Semaine de la Critique

Dua

2026

Long métrage

Voir fiche film