61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Goutte d'Or

par Bruno Icher

Un quartier de Paris en sursis, cerné par les grues des promoteurs. La Goutte d’Or, entre Barbès et la Porte de la Chapelle, dans le nord de la capitale, reste le dernier refuge des sorciers et des enchanteurs d’un monde qui s’efface doucement. Ceux qui prédisent l’avenir, qui voient ce qui échappe au commun des mortels, qui comprennent le langage des enfants perdus qui hantent les rues, qui ressuscitent les contes fabuleux oubliés. Ici, tout est possible, tout est magique. Une magie noire comme la nuit dont personne ne sort indemne.

Entretien avec Clément Cogitore

« Ce film est d’abord un souvenir, quand je suis venu pour la première fois à Paris, à 16 ou 17 ans, avec un ami. Nous sommes entrés en voiture par la Porte de Clignancourt et, en remontant vers Barbès, j’ai ressenti un choc à ce spectacle de chaos et d’énergie instable envahissante. Un choc dont j’avais envie de saisir un instantané, même si le quartier a beaucoup changé, au travers de sa géographie, de ceux qui y vivent ou le traversent.

Tout au long de l’écriture du film, j’ai toujours gardé la première séquence : un méedium qui reçoit une cliente et qui lui dévoile quel pourrait être son avenir. Je voulais saisir ce qui fait une partie de la magie de ce quartier par un personnage, un peu escroc, un peu mage, qui est très bon dans ce qu’il fait.

Ensuite, le film a évolué en fonction des circonstances, comme ces chantiers vertigineux vers la Porte de la Chapelle, qui forment un autre chaos dont je voulais rendre compte. Les acteurs aussi, bien sûr, et en particulier Karim Leklou qui a donné à travers mille nuances, l’affect qui manquait certainement à mon personnage. Et puis ces enfants perdus qui ont fait irruption dans le film comme ils ont fait irruption dans le quartier, il y a quelques années.

Tous ces éléments se sont conjugués pour créer le trouble que je recherchais. Cette sensation où il devient difficile de discerner ce qui est réel et ce qui relève de l’imaginaire ou du merveilleux. C’est aussi, à travers ce personnage qui se découvre plus puissant qu’il ne le pensait, une métaphore de l’art et du cinéma, lorsqu’un individu accomplit quelque chose qui va au-delà de ce dont il se croyait capable. »