60e édition | Du 7 au 15 juillet 2021

60 ans d'avenirs

The Lunchbox

par Alin Tasciyan

Sélectionné pour la compétition de la 52ème édition de la Semaine de la critique, The Lunchbox est un film qui allie une histoire romantique classique, une subtile critique sociale et le thème de l’aliénation au cœur d’une métropole titanesque. La solitude, la tristesse, l’espoir, l’amour et la lutte pour rester en vie sont des thèmes qui se mélangent avec humour et gastronomie, donnant ainsi un film de qualité à multiples couches. 

L’incroyable réseau de livreurs de lunchboxes (les Dabbawallahs) de Mumbai fait une erreur – ce qui leur arrive rarement - qui mène deux personnes seules à se rapprocher. La femme cherchant à reconquérir le cœur de son mari par des bons petits plats, fait chou blanc. Le lunchbox éponyme, avec son emballage bleu-vert foncé, est livré à un veuf qui compte les jours qui lui restent avant sa retraite comme fonctionnaire du gouvernement, alors qu’il fait face à un successeur ambitieux. Ainsi commence un amour platonique par le biais de lettres placées dans les coffrets repas… Et la bonne vieille romance hollywoodienne l’emporte sur le masala de Bollywood. L’inoubliable Irrfan Khan, la dynamique Nawazuddin Siddiqui et l’élégante Nimrat Kaur incarnent merveilleusement ces personnages confrontés à un tournant majeur dans leur vie.

De nombreuses cultures ont un proverbe qui lie l’amour de l’homme à son estomac. C’est en référence à cette notion archaïque qu’une femme devrait savoir cuisiner pour faire plaisir à l’homme. La vie d’un homme inclut des avantages tels que la nourriture, les femmes, les plaisirs, les libertés, et bien d’autres. Le seul espace qui reste à Ila est sa petite cuisine, où elle tente de transformer un déjeuner banal en un aphrodisiaque pour son mari qui, de toute évidence, la trompe. 

Au lieu de cela, les délicieux mets d’Ila donnent de la saveur à la vie monotone de M. Fernandes. La nourriture n’est pas une métaphore dans The Lunchbox, c’est un lien physique entre les personnes, elle met littéralement du piment dans leur vie. Ila émince, pétrit et assaisonne. M Fernandes croque, mâche et avale. L’odeur et le goût de la nourriture sont sources implicites d’érotisme. Mais surtout, les deux sont poussés à chercher leur bonheur à travers le Dabbawallah, un petit gars hautain qui nie toute erreur affirmant que le système est sans faille : c’est même une recherche de l’Université d’Harvard qui l’a dit, alors…

Le réalisateur Ritesh Batra rend hommage au travail méticuleux des dabbawallah qui transportent les coffrets déjeuners des maisons et des restaurants aux bureaux dans l’une des villes les plus chaotiques au monde. Les extraits documentaires de The Lunchbox incluent notamment des extraits montrant les transports publics bondés de Mumbai. Vivant dans une ville si densément peuplée, la solitude des personnages est amplifiée malgré le flux permanent de personnes et de véhicules tout autour d’eux.

Batra nous montre les différences dans l’amour conjugal, selon les générations et les castes, soulignant que mariage et liberté sont antithétiques pour les femmes, avec ou sans amour. Et il nous montre le futur dans les yeux des jeunes filles. Le spectateur voit souvent la fille d’Ila regardant sa mère attentivement, ses grands yeux noirs pétillants écarquillés, témoins de son abattement. La fille du voisin regarde M. Fernandes fumant sur son balcon alors que sa famille se réunit pour le dîner. Elle observe sa solitude.

The Lunchbox ouvre l’appétit de son public et de ses personnages. La fin ouverte du film leur donne à chacun du courage, une certaine liberté et la force de changer.

À la Semaine de la Critique

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