Entretien avec Zsuzsanna Kreif, réalisatrice de Adgwa-Ata

par Tristan Brossat

Déflagration pop enivrante, Adgwa-Ata invente un monde tropical peuplé d’une mystérieuse tribu d’Amazones imposant à trois adolescentes un rituel violent de passage à l’âge adulte. Couleurs vives et techno chamanique nous emportent dans des dimensions parallèles, où le divin s’incarne sous l’apparence d’inquiétants serpents que les protagonistes vont devoir apprivoiser. Zsuzsanna Kreif façonne une mythologie complexe, riche en symboles qui déferlent à l’écran pour nous ouvrir les portes d’un imaginaire aussi luxuriant qu’inquiétant.    

Entretien avec Zsuzsanna Kreif

Monde imaginaire

Adgwa-Ata est proche de la science-fiction. J’ai créé un monde totalement imaginaire. L’action se déroule sur une autre planète, avec sa faune et sa flore propres. Le titre du film, qui est le nom d'origine divine attribué à l’une des protagonistes, est un mot inventé. J’aime sa sonorité et son apparence graphique. Cette jungle est une métaphore de nos sociétés modernes, que je replace dans un décor sauvage et ancestral. Une nature originelle qui contraste avec cette tribu violente, qui n’en respecte pas les règles. La dimension environnementale est l’une des nombreuses grilles de lecture du film. 

Couleurs vives

J’utilise des couleurs vives, que je combine pour exprimer des états émotionnels. Elles m'enthousiasment. L’utilisation que j’en fais se rapproche du travail de David Hockney, dont j’adore le choix des teintes et sa manière de travailler la lumière. Les dessins de Moebius, ses univers de science-fiction étranges et magnifiques, m’inspirent également beaucoup. J’ai gardé une grande liberté dans le style graphique, en changeant d’ambiance en fonction des différentes dimensions traversées par les personnages.

Mythologie

A l’origine de cet univers, il y a ces tribus de femmes entourées de serpents, que j’ai toujours dessinées dans mes carnets. J’ai ensuite construit tout un univers mythologique autour, avec de nombreux rituels. Les serpents sont des cadeaux offerts par les divinités, que les cheffes de la tribu détournent de leur usage sacré. Ces reptiles peuvent être vus comme des symboles phalliques renvoyant à la masculinité. Mais ils incarnent également beaucoup d’autres choses : la sagesse, la renaissance, la transformation… Ils sont au cœur du rituel d’initiation qui passe par l’ingestion d’un étrange liquide noir. Ce breuvage sacré qui ouvre à d’autres dimensions évoque évidemment les préparations à base d’ayahuasca concoctées par les chamans. À la fin d’Adgwa-Ata, je montre un nouveau système, dans lequel les différentes générations partagent leurs connaissances pour rendre le rituel initiatique moins violent et plus intégré.

Techno chamanique

J’ai voulu créer l’expérience la plus immersive possible, pensée comme une véritable installation. Le son et la musique sont donc essentiels. J’ai associé la transe chamanique à la techno berlinoise. Pour les scènes avec les adolescentes, j’ai choisi une musique davantage mélodique. Quand on pénètre dans le monde divin, le son devient plus ambient. La compositrice Natalie Szend a créé ces différentes couches musicales. Le design sonore est très important pour créer cette atmosphère particulière, entre science-fiction, thriller et épouvante pop.

À la Semaine de la Critique

Adgwa-Ata

2026

Court métrage

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