Entretien avec Romain F. Dubois, réalisateur de Skinny Bottines

by Léo Ortuno

Dans Skinny Bottines, Dan et Pinpin, deux cousins pas très dégourdis, se lancent dans une journée de pickpocket et d'arnaques foireuses. Ce duo fait des étincelles en arpentant les rues de Montréal au pas de course ou juché sur une trottinette brinquebalante, dans une suite de péripéties imprévisibles. Rythmé par une élégante bande-son, Romain F. Dubois fait preuve d’un sens du mouvement indéniable et signe une comédie aussi drôle qu'attachante

Entretien avec Romain F. Dubois

Ce projet est né d’une pulsion : celle de capter la beauté dans le désordre, d’observer des personnages marginaux s’inventer une logique à eux seuls dans un monde urbain, saturé, éclaté, brutal. Le film s’inspire de l’énergie fébrile des œuvres des frères Safdie ou de Jean-Claude Lauzon, où les personnages, emportés par des situations rocambolesques, crient, s’aiment et s’affrontent avec toute la force de leurs contradictions.

Il s’agit aussi d’un film sur l’échec. Dan ne se sauve pas, mais s’effondre, et dans cet effondrement, quelque chose de beau émerge. L’identité, l’ego, l’amour, le paraître : tout est remis en jeu.

Dan, Pinpin, Dominick et Aksel

J’ai croisé Dominick Rustam par hasard dans la rue, alors qu’il sortait d’une audition. Il dégage une grande beauté, presque magnétique, et possède une manière de s’exprimer d’une rare singularité. C’est un mannequin habité par l’énergie d’une matante québécoise. Une fois rentré chez moi, je savais déjà que c’était lui, mon Dan de Minot.

On m’a parlé d’Aksel Leblanc à la suite de sa performance dans Phénix (2025). J’ai tout de suite été séduit par son talent puis en audition, ce fut un véritable coup de foudre. Son dévouement est impressionnant et son éthique de travail rivalise avec celle des acteurs les plus chevronnés.

Une ride dans Montréal

J’avais envie de créer une ride. À partir du moment où le film commence, une tempête nous aspire. Chaque scène devait introduire un nouvel enjeu, un empêchement dans le désir de Dan. Puis suit une brisure, physique et concrète, le film ralentit et les masques tombent. J’avais envie d’offrir à ces personnages un espace doux, presque un cocon, où ils pourraient enfin apprendre à se découvrir sincèrement, en tant que cousins.

Il faut accepter une évidence : le centre-ville de Montréal n’a rien de particulièrement séduisant, ni même de très cinématographique. Pourtant, il vibre d’une énergie singulière, peuplée d’individus burlesques qui, sans se connaître, se croisent et interagissent. Pour rendre justice à ce chaos d’excentriques, nous avons choisi une mise en scène instinctive : caméra épaule ou téléobjectif. L’image devait être nerveuse, fébrile, ou parfois distante, comme le regard d’un passant qui surprend, de loin, une scène étrange.

Trompette et caisse claire

Le béton, la neige, l’asphalte captés sur pellicule 16 millimètres confèrent au film une matière presque palpable. Il m'importait que la musique épouse cette texture, avec des instruments réels. Il y a d’abord eu la trompette, comme incarnation sonore de Dan, et cette caisse claire, qui insuffle une dimension quasi militaire, correspondant bien à ce personnage pris avec son petit cousin naïf comme un général qui dirigerait son petit soldat. Le compositeur Hubert Tanguay-Labrosse a de la graine de génie et je le dis sans détour, c’est le prochain Michel Legrand !