Entretien avec Phuong Mai Nguyen, réalisatrice de In Waves
par Ava Cahen
par Ava Cahen
L’histoire d’amour chavirante entre un jeune skateur et une jeune surfeuse mise à l’épreuve de la maladie. C’est main dans la main et soutenus par leurs amis qu’ils affrontent l’adversité, sans se laisser envahir par la vague du chagrin. Un mélodrame lumineux qui se déploie avec majesté sous le ciel rose et bleu de la Californie.
Entretien avec Phuong Mai Nguyen
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'adapter le roman graphique d'AJ Dungo et touchée dans cette histoire d'amour, d'amitié et de résilience ?
C'est l'un des rares romans graphiques qui m'a permis de mettre des mots sur des émotions que, pendant longtemps, je n'arrivais pas à formuler, notamment celles liées au deuil. Il y avait quelque chose de profondément intime, presque thérapeutique dans ce récit, qui m'a aidée à accepter le chagrin et à me réconcilier avec l'idée de la perte. J'étais aussi bouleversée quand j'ai compris qu'il s'agissait de l'histoire vraie de l'auteur, AJ Dungo. En adaptant son histoire en film, j'ai senti une très grande responsabilité vis-à-vis de lui, ainsi que de la famille de Kristen. Je les ai rencontrés très rapidement dès qu'on a commencé à travailler sur le film. J'ai pu visiter les lieux où s’est déroulée l'histoire, discuter avec eux. Là où j'ai cru être intrusive, on m'a toujours accueillie les bras et le cœur ouverts. Cela m'a donné encore plus envie de porter à l'écran leur histoire et leur communauté le mieux que je pouvais, comme une prolongation de la promesse d'AJ à Kristen de continuer à la faire vivre à travers son dessin. Au départ, n'étant pas moi-même surfeuse, ni skateuse, je me sentais presque illégitime d'adapter son histoire, puis je me suis dit que In waves n'était absolument pas une histoire sur la technique de surf mais cette passion pour les vagues et l'océan permet de nous connecter à quelque chose de plus sacré. Glisser sur l'eau, c'est s'unir à un monde plus grand, retrouver une forme d'humilité, accepter sa place dans l'univers.
Quels ont été les principaux défis à la réalisation ?
Arriver à retranscrire l'émotion du roman graphique, tout en la transcendant par le langage du cinéma d'animation. Je me suis souvent demandé comment recréer une telle puissance, comment être à la hauteur de ce que le livre provoque. Il a fallu doser, ajuster, pour que le film ne tombe pas dans le pathos. Je voulais que le film raconte également la sensorialité de l'eau, des éléments, tout en trouvant ma propre écriture visuelle. La représentation de l'océan et ses vagues a été au cœur de cette recherche et plusieurs artistes très talentueux sont venus apporter leur pierre à l'édifice. Pour moi, en tant que dessinatrice, c'est un terrain de jeu graphique presque infini. L'eau reflète notre image, notre état intérieur : elle peut être calme, déchaînée, limpide ou trouble. Sur le plan technique, les vagues animées ont été indéniablement le défi majeur de cette production. Je voulais quelque chose de pictural et de très texturé, qui s'éloigne d'un rendu trop réaliste. Donc il a fallu créer des outils numériques sur mesure pour relever ce défi. Nous avons développé une approche hybride, mêlant animation 2D et outils 3D, afin de garder une sensation organique tout en permettant une grande liberté de mouvement.
L'incarnation des personnages est très puissante. Sur quelles bases se sont fait les choix des voix françaises et anglaises et comment s'est déroulée la collaboration avec ces jeunes comédiens épatants ?
J'ai travaillé avec Céline Ronté pour la version française et René Veilleux pour la version anglaise. Comme il s'agit d'un film d'animation, je me suis beaucoup concentrée sur le timbre des voix et la sensibilité du jeu des acteurs. Nous avons organisé un casting qui nous a permis de rencontrer Rio Vega et Lyna Khoudri. Très vite, leurs voix se sont imposées, comme une évidence. Pour le personnage de Kristen, je recherchais une voix légèrement cassée, avec du caractère. Lyna a réussi à créer ce personnage fort avec beaucoup de profondeur. À l'inverse, Rio a une certaine vulnérabilité dans sa voix qui permet de construire ce personnage d'AJ au tempérament doux et rêveur. Lors des enregistrements, nous avions déjà un montage du storyboard à montrer à Lyna et Rio, et nous avancions scène par scène, dans l'ordre chronologique. Ce que j'ai particulièrement aimé, c'était de pouvoir enregistrer les comédiens ensemble. Cela a permis de créer une vraie connivence entre eux, qu'ils puissent retrouver la spontanéité dans le jeu tout en étant devant un micro. À partir des enregistrements, on a ensuite animé les personnages en 3D, pour donner corps aux interprétations des comédiens.
Pour la version anglaise, nous avons ensuite travaillé avec Stephanie Hsu et Will Sharpe, une fois le film terminé. Le défi était différent : il fallait trouver les bons mots, la bonne musicalité en anglais, tout en s'adaptant à une animation déjà finalisée. C'était un travail très précis, presque d'orfèvre, pour conserver l'émotion tout en respectant le rythme et l'incarnation des personnages.