61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Tasavor (Imagine)

par Marilou Duponchel

Une jeune femme disperse les cendres de son frère depuis le haut d’une montagne, une autre raconte ses conquêtes tandis qu’une mariée est quittée quelques heures avant la cérémonie… Tout se passe dans le taxi d’un seul homme tandis que les clientes successives, elles, portent le même visage. La banquette arrière devient alors le divan qui recueille une parole féminine émancipée, voix à laquelle répond celle de l’homme, épris d’une femme qui porte sur la poitrine le nom brodé de Madeleine, le même que celui de la femme fantôme de Vertigo. Imagine est lui aussi un film de fantômes et de projections. A moins que ce ne soit la scène d’un théâtre conjugal où un couple (re)joue à se (re)connaître.

Entretien avec Ali Behrad

« Il y a quelques années, j'étais en couple. Un jour, au cours d'une discussion avec ma compagne, je lui ai dit que notre relation telle que je l'imaginais dans mon esprit, était plus fascinante que la relation que nous partagions dans la « vraie vie ». Je lui ai dit en plaisantant : « même si on se séparait, mes souvenirs de notre relation resteraient tels qu’au début de celle-ci : absolue et éternelle ». Cette pensée est devenue obsessionnelle et j’ai décidé d’écrire un scénario à ce sujet pour mon premier film.

Il me semble que les rêves sont l’exact opposé de la léthargie. Ils prennent racine dans notre conscience. Je crois que nous devons vivre des expériences nouvelles et incroyables dans nos rêves. Ma fascination pour ce monde imaginaire très fertile est à l’origine du film. Le monde réel est trop prévisible et répétitif. Son aspect unifié nous rassure certes mais nous ennuie  fortement. Dans ce film, j’ai essayé de faire le contraire. Les personnages n’ont pas de nom. Ils n’ont aucune connexion et sont totalement libres d’être qui ils veulent être et de nous emmener où ils veulent. L’amour sublime tout quand il s’agit de lâcher prise et d’aller ailleurs, dans des lieux plus surprenants, de préférence drôles, peut-être même sur une autre planète où les choses sont plus poétiques et joyeuses que la réalité sérieuse à laquelle on s’identifie facilement.

Il y a quelques actrices iraniennes que l’on peut imaginer dans ses rêves. Leila Hatami, c’est “oui” et “absolument” , mon actrice de rêve. »

À la Semaine de la Critique