61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Swan dans le centre

par Damien Leblanc

Chargée de mener une enquête de satisfaction dans un centre commercial déserté, Swan passe ses journées à poser des questions. Mais qui écoute vraiment les désirs de la jeune femme ? Semblant dépossédée d’elle-même à force de déambuler dans des décors où toute intimité paraît impossible, Swan sent pourtant peu à peu monter sa libido. Avec ce film à la fois comique, poignant et mélancolique, Iris Chassaigne réussit le truculent portrait d’un monde où la sensualité doit composer avec l’omniprésence d’images factices et chimériques.

Entretien avec Iris Chassaigne

« J’ai réalisé en 2018 un court-métrage de fin d’étude de l’Université Paris 8, dont l’histoire se déroulait sur une aire d’autoroute, le temps d’une journée. J’avais déjà une fascination pour ces non-lieux, espaces de transit, et le centre commercial de Swan dans le centre en est la continuité. J’avais envie d’explorer davantage comment, de l’anonymat que l’on ressent dans ces lieux peut naître de l’intime. 

L’image du centre commercial désert du film fait directement écho à la solitude du personnage principal, solitude moderne propre à notre société capitaliste et individualiste. Les deux semblent tourner dans le vide. À cela j’ai voulu mêler, comme une certaine forme de résistance, le désir, la rencontre, le sexe. Je me suis d’abord intéressée au fait que les toilettes des centres commerciaux, comme d’autres lieux de passages, sont connus pour être des lieux de drague gays, mais j’ai surtout voulu parler d’un désir qui m’est proche, celui d’une jeune femme lesbienne. L’envie du film était alors de transformer cet espace de consommation en un espace de séduction, habité par des personnages queer.

Le travail avec les comédien.ne.s était très stimulant, l’enjeu était de chercher la singularité de chaque personnage, tout en gardant une unité de ton. Pour cela, la rigueur des cadres m’a semblé importante, je voulais que le décor prenne toujours plus de place que les personnages, qu’on sente constamment le vide qui les entoure.  J’ai aussi beaucoup pensé aux films d’Alain Guiraudie, de Tsai Ming-liang et de Chantal Akerman. 

La fabrication du film a été extrêmement enrichissante. Comme une exploration, elle m’a permis de mieux définir mes envies de cinéma, et de confirmer des collaborations artistiques que j’ai hâte de poursuivre. Notamment avec la co-scénariste du film, Anna Cohen-Yanay, avec qui nous travaillons sur un projet de long-métrage. »