61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Las criaturas que se derriten bajo el sol

par Farah Clémentine Dramani-Issifou

Les créatures qui fondent au soleil est un film d’amour envoûtant. Il raconte sans éclat, avec une sensibilité explosive et une mise en scène délicate, l’histoire de Nataly, une femme trans, et de sa fille Secreto, qui le temps d’un voyage pour retrouver l’ancien amant de Nataly, se retrouvent dans une communauté mystérieuse fuyant le soleil. Confrontées au passé douloureux de Nataly, la relation de la mère avec sa fille se révèle d’autant plus forte…

Entretien avec Diego Céspedes

« La genèse du film vient d’une idée plastique très concrète : celle d'une maladie qui fait fondre la peau comme de la cire. C’est ensuite, lorsque j’ai rencontré l'actrice principale du film Paula Dinamarca, que l’intrigue du film s’est alors dessinée. Elle et moi avons grandi dans des endroits hostiles, dans des familles très différentes et avec comme point commun le manque d'amour. Dans ce film, je souhaitais comprendre comment une relation mère-fille sans lien de sang peut être bien plus profonde qu’une relation amoureuse idéalisée, et donc plus fragile, à l’image de la cire qui se désintègre. Dès les premières ébauches du scénario, j'envisageais la maternité comme un processus d'apprentissage profond et sensible et qui va au-delà d'une détermination entièrement génétique et genrée. Dès lors, que Nataly soit transgenre ou non, n’avait aucune importance.

Au Chili bien que le cinéma soit très riche en termes de sujets et de formes, c'est toujours la même classe sociale qui raconte les histoires, ne rendant ainsi pas compte de toute la diversité des expériences. La façon dont Nataly a eu une fille reste un secret, mais le lien entre elle et sa fille est lui bien réel et tangible. Ensemble, elles s'immergent dans un monde qu'elles ne comprennent pas entièrement, et finissent par surmonter leur peur. Recourir au fantastique était pour moi, comme dans la cosmogonie latino-américaine, le moyen d'essayer d'expliquer ce que nous ne comprenons pas. »