61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Da-eum-so-hee

par Pauline Mallet

Dans les yeux de Sohee, lycéenne qui tente de garder le cap face à un monde en perpétuel embrasement, il y a l’étincelle d’un espoir qui naît par le biais de la danse. Son corps serait alors libre de ses mouvements, son esprit vidé de tous les parasites de la vie quotidienne qui la grignotent. Après A Girl at My Door, la réalisatrice July Jung revient avec un film d’enquête passionnant. Da-eum-so-hee (Next Sohee), est une fresque fascinante sur l’identité, porté par un brillant duo d’actrices, Doona Bae et Kim Si-eun.

Entretien avec July Jung 

Pouvez-vous me raconter la genèse du film? 

J’ai appris la mort d’une lycéenne dans un documentaire coréen. La fille était en alternance dans un lycée professionnel et s’est tuée en moins de trois mois. J’ai donc voulu savoir ce qu’il s’était réellement passé. J’ai parcouru les données et j’ai découvert qu’il ne s’agissait pas uniquement de cette fille. Le problème nous concernait tous. Et moi aussi, alors que je n’avais rien à voir avec l’affaire. L’histoire est née de ce fait réel, mais je voulais aller plus loin dans le film. Je voulais écouter les différentes histoires et réfléchir avec ces autres qui n’ont rien à voir avec l'histoire, comme moi, grâce à la force que seuls les films peuvent avoir; je ne voulais pas simplement faire un reportage sur cette vérité. 

 

D’où vous est venue cette envie de faire un portrait croisé de deux femmes? 

Il s’agit précisément de la composition de la première et deuxième moitiés du film. Les spectateurs suivent la fille de son apparition et voient sa mort de son point de vue à elle. On ne peut pas s’opposer à la mort comme fin dans le développement du film. Puis on revient sur la mort de cette fille du point de vue de l’inspectrice que l’ont voit plus tard. Il y a certaines choses que nous savons déjà et d’autres qui apparaissent plus tard. Ça ne peut pas être un film à propos d’une fille, l’histoire nécessite un personnage qui pose des questions à propos de la mort de cette fille et enquête dessus sérieusement. Ce personnage, ça peut être moi et ça peut être le public. Je voulais explorer la mort de cette fille avec le public sous tous ses angles, y compris à travers l’histoire de l’inspectrice. C’est la seule façon de développer l’histoire de la continuer avec les Prochaines Sohees (Next Sohees) que l’on voit dans le film. 

 

On a l’impression que ces deux femmes sont presque la même personne. Comment avez-vous construit ces deux personnages? Comment avez-vous choisi ces deux actrices? 

J’ai dépeint Sohee comme une lycéenne parfaitement ordinaire, une élève jeune, confiante et unique. Il était aussi important qu’elle change après avoir commencé de travailler. Que signifiaient les derniers rayons du soleil pour un enfant qui perdait son propre éclat? Était-ce un plaisir? Ou se sentait-elle d’autant plus perdue? J’ai abordé Sohee avec curiosité et une volonté de m’approcher le plus près possible. Yoo-jin est une inspectrice qui a repris rapidement le travail après la mort de sa mère, décédée d’une longue maladie. Fatiguée, épuisée, elle ne peut même pas défaire ses cartons dans son nouvel appartement. C’est quelqu’un qui ne se mêle pas des affaires des autres et qui ne se préoccupe pas de ce qu’on pense d’elle. Peut-être que son style de vie ressemble à celui de Sohee. Elles ont aussi toutes les deux tendance à perdre leur sang-froid facilement. 

J’ai tenté de faire de Sohee un personnage qu’on n’avait jamais vu dans le cinéma coréen, et sitôt que j’ai parlé à l’actrice Kim Si-eun, je savais que c’était exactement la Sohee que je cherchais. J’ai eu beaucoup de chance. Avant de trouver l’actrice pour Sohee, pour moi, Donna Bae était la seule actrice pour jouer Yoo-jin. Un personnage qui fascine le public avec son aura, même si elle n’apparaît qu’un milieu du film, une fois que le personnage principal est mort. Outre la relation que nous avons et les formidables souvenirs de notre précédente collaboration, Donna Bae est la seule actrice que je connaisse qui était capable de mener à bien ce film, et remplir cette mission extrêmement sérieuse. Surtout, j’avais des attentes et des idées très spécifiques quant aux émotions de Yoo-jin qu’elle seule pouvait exprimer aussi parfaitement. 

 

Vous montrez le quotidien d’une lycéenne qui finit par se perdre dans cette vie. Pouvez-vous nous en dire plus? 

J’ai entendu l’histoire d’un pompier qui s’est retrouvé seul dans un feu, prisonnier des flammes et de la fumée, il ne pouvait s’en sortir sans l’aide de son collègue. On ne le voit pas à cause du feu et de la fumée. On ne l’entend pas, même s’il hurle: « si personne n’approche quelqu’un de seul, il va mourir. » Je pense que la situation est la même pour beaucoup de gens qui abandonnent. Cet espoir que si quelqu'un pouvait s’approcher, s’il y avait quelqu’un qui n’ignorait pas cet appel à l’aide qui a dû être poussé à un moment ou un autre, ça se serait peut-être passé autrement. J’ai réalisé ce film en pensant uniquement à cet espoir.