60e édition | Du 7 au 15 juillet 2021

« Allez dehors. Fermez la porte »

par Léo Soesanto

Bonjour, bienvenu.e.s

 Comme promis, le monde que nous connaissions avant la pandémie de Covid est à peu près revenu. Nous nous sommes gavés de films et de « contenu » lorsque nous étions confinés mais manquait ce besoin de communion, de conversation autour du cinéma avec notre prochain.e. Pas seulement sur les réseaux sociaux, mais dans la salle, dans la file d’attente, sur une terrasse, quelque part dehors, avec les précautions sanitaires d’usage bien sûr. Pour les courts métrages à la Semaine de la Critique, cette exposition en présentiel couronne le travail des cinéastes après ces mois d’incertitude, les voit prendre leur envol dans le plus grand festival du cinéma du monde. L’horizon du 60ème anniversaire de la Semaine de la Critique n’a pas fondamentalement modifié le travail de sélection des courts : il s’agit toujours et encore de chercher dans le format imparti des voix artistiques originales, des regards précieux, par-delà les contrées et les genres, et ce pour les 60 ans à venir.

Le musicien, artiste visuel et théoricien Brian Eno avait imaginé en 1975 un jeu de tarots intitulé Stratégies Obliques. Où chaque carte tirée au hasard comporte un aphorisme qui aidera tout artiste dans son processus créatif. On imagine les réalisateurs de courts de la sélection 2021 avoir, heureux hasard, tiré la même carte : « Cut a vital connection ». Coupez une connexion vitale.

Brûler les ponts, tuer à petit feu, dire au revoir aux siennes et siens, couper le cordon : tels sont les mots d’ordre chez ces cinéastes dont vous entendrez parler à nouveau.

Entre comédie noire chorégraphique et faux documentaire entomologique, Brutalia, Days of Labour de Manolis Mavris voit son héroïne, piquée au vif, faire la révolution. Dans l’intense Soldat noir de Jimmy Laporal-Trésor, on s’émancipe avec les poings et la parole tandis que le taiseux et ténébreux Inherent de Nicolai G. H. Johansen préfère trancher des veines. Dans des genres très différents, la fragilité des liens filiaux est éprouvée, façon Ozu, dans le délicat Fang Ke de Hao Zhao et Yeung Tung et sur le mode du film noir, dans l’inquiet Safe de Ian Barling. Mais dans tous les cas, il s’agit pour ces personnages de se réaliser, de se trouver : c’est la clé de l’élégante enquête familiale de Noir-soleil de Marie Larrivé et de l’escapade, aux allures d’odyssée féministe, de la protagoniste d’Über Wasser de Jela Hasler. Se couper de soi, c’est la beauté paradoxale de Ma Shelo Nishbar d’Elinor Nechemya, portrait sensible d’une amitié et de Duo Li de Zou Jing, dissection empathique de la réification contemporaine des corps. Partir pour mieux revenir, c’est la leçon du triste, mais paisible, Interfon 15 de Andrei Epure, et d’une année curieuse où le monde nous a échappé et s’est réduit à des fenêtres. Le voici à nouveau à portée de main, à portée de coeur, toujours brûlant. Bienvenu.e.s encore.   

 


Léo Soesanto
Coordinateur du Comité court-métrage


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