61e édition | Du 18 au 26 mai 2022

À propos de Στον Θρονο Του Ξερξη (Sur le trône de Xerxès)

par Thomas Fouet

C'est à la fois un jeu d'enfants (“on dirait qu'on ne se toucherait pas...”) et un exercice d'érotisme pour les grands (rien de tel qu'un interdit pour faire grimper le thermomètre), un rêve de cinéma (cette idée selon laquelle le regard pourrait se substituer au toucher, on la soupçonne de travailler certains cinéphiles solitaires) et une fable politique qui s'offre le luxe d'être dans le même temps résolument contemporaine et décorrélée de tout contexte précis – une dystopie ludique et puissante.

Entretien avec Evi Kalogiropoulou

« Depuis que je suis gosse, j’aime regarder les gens qui travaillent sur les chantiers navaux; un proche y travaillait. Les ouvriers dans les grands bateaux formaient un microcosme à observer. Je les regardais pendant des heures en mangeant des frites. Je me souviens que je trouvais leur manière de travailler et d’intéragir très sensuelle, érotique même. Ils avaient chacun leur espace sur le bateau et ils se parlaient à peine. Je me souviens que l’un d’entre eux regardait les autres du haut du bateau, il restait là à fumer pendant des heures, peut-être que c’était le patron. 

Dans cet environnement stéréotypiquement machiste, je sentais de l’érotisme, une attraction tue. Ils bougeaient, ensemble, à moitié nus, on aurait dit une chorégraphie, ils échangeaient parfois des regards furtifs. Je pensais qu’un simple contact physique briserait toute la structure machiste et qu’un nouvel environnement surgirait. 

Il y avait aussi des femmes qui y travaillaient, comme femmes de ménage ou à d’autres postes. Je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que devaient ressentir les femmes qui travaillaient avec ces hommes que j’épiais. 

La forme du film m’est venue car j’avais un certain type de personnage en tête, un proche comme je disais: le grand frère de mon grand-père. Il travaillait sur le port du Pirée. C’était un très bel homme, à l’ancienne. Je pensais à lui comme narrateur principal. 

La période du tournage sur le chantier naval a coïncidé avec la période de l’année où les navires, après leur entretien, se préparaient à être remis à la mer. C’était des yachts de luxe, prêts pour la saison estivale, et qui devaient être remis à la mer. Donc le chantier était en pleine effervescence, il changeait de manière imprévisible. On avait tout le temps des surprises, par exemple un matin le bateau principal de mon tournage avait tout bonnement disparu. Il était très important pour moi d’avoir un certain nombre de vrais ouvriers du chantier naval dans le film. »