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Discours d’ouverture de la Cérémonie
 de remise des Prix 2013 du Syndicat Français
 de la Critique


Isabelle Danel Présidente


Ce soir, devant vos yeux ébahis, et sans filet, je vais vivre des tas de choses pour la première fois. Contrairement à ce que disait François Truffaut, ce n’est donc pas seulement l’apanage des enfants et des adolescents.

Je suis très impressionnée et très fière d’être à ma place, ce soir. À ma place de présidente fraîchement élue, en juin dernier, du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des Films de Télévision, et sur cette scène, dans cette belle salle Henri Langlois de La Cinémathèque française qui nous accueille pour la première fois, mais, on l’espère, sans doute pas la dernière.

Nous sommes tous réunis pour remettre les prix 2013 du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des Films de Télévision. Et, comme beaucoup d’entre vous me l’ont conseillé, je serai brève !

À mes débuts, un de mes amis avait réuni quelques phrases d’André Bazin d’une petite écriture fine, à l’encre bleue sur un bristol blanc que j’ai punaisé au mur face à mon bureau. La couleur en a tant pâli avec le temps qu’il est devenu illisible, mais ces quelques phrases sont restées gravées en moi. L’une d’elles disait : « Faire de la critique cinématographique c’est à peu près cracher dans l’eau du haut d’un pont. (…)» Ça, c’était pour l’humilité : c’est toujours bon à prendre une leçon d’humilité.
Il y en avait une autre « La vérité en critique ne se définit pas par je ne sais quelle exactitude mesurable et objective mais d’abord par l’excitation intellectuelle déclenchée chez le lecteur : sa qualité et son amplitude. La fonction du critique n’est pas d’apporter sur un plateau d’argent une vérité qui n’existe pas, mais de prolonger le plus loin possible dans l’intelligence et la sensibilité de ceux qui le lisent le choc de l’œuvre d’art. »

Personnellement je n’ai jamais trouvé de meilleure définition à ce métier qui est le nôtre, et je n’en cherche pas d’autre. Ces phrases sont issues d’un texte publié dans la revue Cinéma en 1958. De nos jours, les lecteurs se font rares, les magazines et journaux disparaissent et la place qui nous est impartie diminue. De nos jours, on met des étoiles, on est invité sur Facebook à “liker“ un film qu’on n’a pas encore vu, et d’un texte argumenté de 1200 signes, ce qui est peu, les affiches publicitaires retiennent le mot « magistral », ce qui n’est pas grand chose en terme de « prolongement du choc de l’œuvre d’art ». Mais ce soir, c’est la fête, et nous allons tous ensemble partager, célébrer et prolonger, oui, le choc de quelques œuvres d’art. Nous sommes là, nombreux, pour dire aux réalisateurs, aux acteurs, aux auteurs de livres, aux producteurs, aux distributeurs, aux éditeurs de DVD et globalement à tous les gens qui croient encore au cinéma, que nous y croyons aussi.

Isabelle Danel

 

 

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