Archive pour mai 2011

Cannes, capitale de la critique

Jeudi 12 mai 2011

LA GUERRE EST DECLAREE, de Valérie Donzelli, ouvrira ce soir la Semaine de la critique.

Sachez qu’en attendant de rendre compte consciencieusement du festival de Cannes dans leurs magazines respectifs, les membres du Syndicat se détendent – ou se défoulent – sur des blogs classés off.

A lire, par exemple :

CRITICAL WEEKS, par Léo Soesanto

LE MOUTON ELECTRIQUE, par Fabien Gaffez

THE LOST FILM CRITIC, par Pamela Pianezza

Combien pèsent les critiques cinéma ?

Lundi 2 mai 2011

Le mois dernier, Télérama se demandait s’il fallait « brûler les critiques ». Cette semaine c’est au Film Français de s’interroger : « La critique a-t-elle encore un poids ? »*, dans un long et bon article d’Anthony Bobeau.

Inutile de revenir ici sur les raisons du désaveu apparent entre la profession et le public (le web, les blogueurs etc.), ni sur le fait – évident – que les critiques manquent cruellement de place pour s’exprimer intelligemment dans leurs médias. On se concentrera plutôt sur les pistes de réflexion apportées.

Jacques Mandelbaum, du Monde, pointe ainsi les effets pervers d’une politique des auteurs suivie par certains critiques se sentant « un devoir moral de soutenir des films qui ne le méritaient peut-être pas ». Des exemples ? Trouver « forcément génial n’importe quel film de Christophe Honoré ou Clint Eastwood, et cela sans aucune lucidité ou recul », cite le président du Syndicat de la critique Jean-Jacques Bernard. Conclusion de Michel Ciment, directeur de la publication de Positif : « Nous ne pouvons pas systématiquement plébisciter les auteurs, il faut une hiérarchie pour rester crédible ».

« Sans grands auteurs, pas de grands textes et donc de grands critiques », poursuit Axelle Ropert, critique aux Inrockuptibles et réalisatrice de LA FAMILLE WOLBERG (2009). L’idée n’est pas de rejeter la responsabilité sur les cinéastes, simplement de rappeler dans quel contexte évoluèrent Serge Daney, Jean-Louis Bory ou Louis Skorecki (pour ne citer qu’eux). Ils « virent des cinéastes débarquer dans leur vie comme des déflagrations. » Or « cette violence n’est plus de mise depuis longtemps. »

Notons qu’en questionnant les distributeurs, Le Film français a identifié deux exceptions à la règle du déclin des critiques dans le cœur des spectateurs : il semblerait que les sautes d’humeur du petit Ulysse (mascotte des pages cinéma de Télérama) et les réunions hebdomadaires du Masque et la Plume sur France inter produisent encore leur petit effet (sur les films « pointus » en tout cas, pas sur les blockbusters). L’« effet consensus », sans doute, si rare dans le paysage de la critique aujourd’hui, et qui permet de faire émerger un film au milieu de la dizaine de sorties hebdomadaires.

Que doivent faire les critiques pour survivre ? Se concentrer sur leur rôle « de pisteurs qui défrichent sans cesse de nouveaux territoires », estime Pierre Murat. « Se battre contre la tyrannie du succès qui est devenue la norme dans certaines rédactions. » Quitte à se planter et placer ses espoirs au mauvais endroit car c’est là « la beauté et la dérision de ce métier ». « Pointer la singularité », conclut Jean-Jacques Bernard. Et surtout, « contextualiser les films. Ça, personne ne peut le faire à leur place. En ce sens, il faut peut-être que le critique se rapproche du journaliste. »

Publié par Pamela Pianezza

* Le Film français n°3421 du 29 avril 2011.

NB : Le documentaire TOUS CRITIQUES ?, de Jean-Jacques Bernard et Julien Sauvadon sera diffusé sur CinéCinéma le 21 mai et sur France 3 Rhône-Alpes Auvergne le 28 mai.

Projection ce mardi à 19h30 pour les membres du Syndicat.