Archive pour mars 2011

Profession : film critic #1 – Paola Casella (Italie)

Mercredi 9 mars 2011

Premier volet de notre série “Profession : film critic” avec Paola Casella, critique cinéma et reporter pour la rubrique Loisirs du quotidien italien Europa, chroniqueuse pour le journal financier Il Sole 24 Ore et collaboratrice de CineCritica, bimestriel de réflexion sur la critique cinéma.

SYNDICAT DE LA CRITIQUE : Qu’est ce que la critique cinéma pour vous et à quoi sert-elle ?

PAOLA CASELLA : A mes yeux, la critique de cinéma devrait fournir au grand public et aux chercheurs des clés pour “lire” ce qu’ils voient à l’écran, décoder le langage propre au cinéma et leur proposer une évaluation de la valeur artistique des films.

Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’en faire votre métier ? Ou qui ?

Quand j’étais adolescente, pendant que tous mes amis lisaient des bandes dessinées ou des romans d’amour, je dévorais des critiques de films. Parmi mes auteurs préférés il y avait des commentateurs du cinéma italien : Giovanni Grazzini, Goffredo Fofi, Tullio Kezich… Plus tard j’ai découvert les critiques anglo-saxons comme Pauline Kael, ainsi que le formidable groupe français de Cahiers.

Je me souviens avoir été bouleversée par une critique de Profession : reporter, de Michelangelo Antonioni par Grazzini. Il avait mis en évidence plusieurs références symboliques du film que je n’aurais jamais remarquées étant gamine. Pourtant, à l’instant où je l’ai lu, ces références m’ont semblé évidentes et elles m’ont ouvert de nouvelles perspectives. Je crois que c’est à cet instant précis que je me suis dit : plus tard, je veux faire ce métier.

Il y a quelques années, j’étais dans un bus avec un groupe de critiques italiens. En discutant nous avons découvert que nous avions tous le même type de souvenirs concernant notre adolescence : d’innombrables heures passées à la cinémathèque et la lecture assidue de recueils de critiques que nous cachions soigneusement, comme on planquerait des revues porno. Nous étions des nerds obsédés par le cinéma et nous n’avons pas changé, juste un peu vieilli…

Quelle place la presse italienne consacre-t-elle à la critique cinéma ?

Malheureusement, elle diminue sans cesse,  tandis que la place dédiée aux potins sur les stars du petit et du grand écran croît en permanence. Les critiques sont de plus en plus courtes et se contentent de donner deux types d’informations : « j’aime ou je n’aime pas ce film » et « allez le voir ou non ». Ces données sont sans doute utiles, mais elles n’aident pas les téléspectateurs à se forger une opinion. On leur demande simplement de croire sur parole des critiques censés incarner le bon goût.

Vous sentez-vous en compétition avec les blogueurs ?

Oui, mais de manière très positive. En général, les blogueurs ont moins d’expérience que moi (je fait ce métier depuis déjà vingt ans, aussi effrayant que cela puisse paraître) et certains expriment des points de vue très superficiels. Mais ils sont aussi enthousiastes, souvent très bien informés sur les films et leurs positions sont parfois perspicaces et provocantes. Et surtout, ils réagissent au quart de tour ! Leur présence me pousse à rester éveillée, en tant que spectatrice comme en tant que critique.

Comment se porte le cinéma italien ?

Le constat n’est pas très optimiste. D’un point de vue financier, notre gouvernement actuel soutient de moins en moins le cinéma italien et sa volonté d’accorder des crédits d’impôts et des niches fiscales aux producteurs italiens et étrangers est très ambivalente. Elle s’inscrit dans une attitude plus générale de mépris du gouvernement pour la culture, considérée comme un fardeau financier et comme un domaine non prioritaire en période de crise économique. Le fait que le chef du gouvernement, Silvio Berlusconi, possède plusieurs chaines de télévision ainsi que la plus grande société de production et de distribution de films du pays, Medusa, sous-entend qu’il serait ravi de se débarrasser de la concurrence en faisant voter quelques lois au Parlement.

Comment imaginez-vous le futur de votre  profession ?


Je crois qu’il n’est plus possible aujourd’hui de n’être « que » critique de cinéma et je m’en réjoui. Je donne des cours à l’université sur l’évolution de ce métier et j’explique à mes étudiants qu’ils ne peuvent plus se payer le luxe d’être de « purs critiques », ne s’intéressant qu’au langage et au contenu des films. Il faut désormais prendre en compte de nouvelles variables, comme les restrictions budgétaires, le pouvoir des stars, les tendances du secteur de l’industrie ainsi que le contexte social et culturel. Rien de tout ceci ne doit être oublié, même si, au final, seul compte ce qui est capturé à l’image.

Propos recueillis par Pamela Pianezza