CRITIQUE
Baby Blood
« Vous voulez du sang ? Vous allez en avoir ! ».. On imagine très bien les deux compères, les deux complices, Alexandre Burtillo et Julien Maury écrire en s’amusant, puis tourner très sérieusement leur orgie d’hémoglobine. Car, disons-le carrément : orgie, il y a, et hémoglobine, aussi. Le sang gicle dans A l’intérieur : on en reçoit plein les mirettes. Il éclabousse et on en prend plein la gueule. Il s’étale, on s’y étale, en suivant, les yeux grand ouverts - si on a la force de les garder tels - une Béatrice Dalle à 100% dingue, ombre noire à la Fantômes, s’attacher au ventre d’une femme enceinte, pour mieux en extirper le bébé... Unité de temps, de lieu, d’action : on est au coeur d’une tragédie classique, mais où l’épure serait remplacée par la démesure... Les deux zozos ne se refusent rien - on a même droit à une auto-trachéotomie de l’héroïne qu’elle colmate, hâtivement à l’aide d’un sparadrap de fortune... De cette suite d’horreurs que certains prendront probablement pour un exercice de style esthétisant , émerge, en fait, un conte maléfique, , terrible et froid. Un film malin - dans tous les sens du terme - dont les dernières images - les plus effrayantes depuis Rosemary’s Baby, peut-être - aboutissent, au-delà d’un grotesque pleinement assumé, à de l’horreur pure.
Pierre Murat |