CRITIQUE
Papa n’est plus en voyage d’affaires
Marco est à l’âge de la passion amoureuse. Mais c’est son père, soudain, qui débarque dans sa vie, après une longue absence. Ce père qu’il a trop envie d’aimer pour pouvoir lui résister... Le précédent court métrage de David Oelhoffen - le magnifique « Sous le bleu » - évoquait, déjà, entre un père et son fils, la renaissance d’une dignité, un instant oubliée. « Nos retrouvailles » reprend le thème, mais inverse les rôles : l’ado, ici, c’est cet adulte charmeur, inconstant, se raccrochant comme il peut à ceux qui acceptent de le croire - une fois encore, une fois de trop - et que Jacques Gamblin interprète sans se restreindre, avec une démesure digne des grands anciens qu’il doit admirer beaucoup : Jules Berry ou Pierre Brasseur...
Alors que le raisonnable, l’adulte - et donc, le perdant inévitable de cette histoire -, c’est ce jeune homme au beau visage calme (Nicolas Giraud, superbe, aussi retenu que Gamblin est emporté, tel l’Auguste face au clown blanc). Lui est un vrai héros de tragédie, puisqu’il est lucide face aux chimères du père : il sent le piège se tendre, mais ne peut s’empêcher d’y tomber, par amour, et de contempler avec résignation toutes les étapes de sa chute...
En compagnie de ces deux êtres qui se cherchent, se reniflent, se découvrent, s’apprivoisent, David Oelhoffen filme un hold up qui ressemble à un « Mac Guffin » d’Hitchcock (très important pour les personnages, presque pas pour nous, spectateurs). Il filme des scènes apparemment inutiles (les pauses-café de deux pas même copains sur leur lieu de travail) qui révèlent des secrets, en fait, bien mieux que de longs discours. Il filme, aussi, des regards qui se trouvent ou s’évitent et, dans des cafés déserts, des étreintes fulgurantes, brèves et douces entre ce père qui retient tant qu’il peu, dans son cou, la tête de ce fils qu’il va perdre, autant pour le rassurer que se rassurer lui-même...
Il filme, surtout, par petites touches, une suite de renoncements minables, de fatigues accumulées qui aboutissent, forcément à des trahisons inévitables. L’étonnement de Jacques Spiesser, l’ innocente victime, face à celui qui a gagné sa confiance pour mieux le duper, ressemble à celui de Bourvil découvrant, stupéfait, le vrai rôle d’Yves Montand dans Le Cercle rouge. On ne voudrait évidemment pas écraser le débutant sous le poids des Maîtres. Mais la référence à Jean-Pierre Melville - et à John Huston... - s’impose, puisqu’avec son style, mais avec la même rigueur, David Oelhoffen parle, lui aussi, de paumés magnifiques et d’honneur perdu.
Pierre Murat |