Enthousiasmes

Le Festival de Cannes a 70 ans. C’est un bel âge.
Sa petite sœur, la Semaine de la Critique, première section parallèle historique, en a 56. Ce n’est pas mal non plus.

En 1962, quatorze ans après la création de ce rendez-vous annuel, ce festin de projections où tout le gratin du 7ème Art déferlait par avion ou par le train bleu, des journalistes membres du Syndicat Français de la Critique de cinéma, alors appelée « Association », ont souhaité apporter leur grain de sel et fabriquer leur propre sélection. Avec leurs propres critères de critiques.

Le but était d’exercer un regard complémentaire sur les œuvres, de découvrir et encourager de jeunes auteurs réalisateurs, de débusquer des cinématographies différentes que le Festival officiel, soumis au bon vouloir de chaque pays, ne montrait pas forcément, alors.
Certes, les choses ont bien changé. En 1969, la Quinzaine des Réalisateurs est venue rejoindre la fratrie. Les films en compétition, depuis les années 1970, ne sont plus envoyés par leurs pays respectifs mais choisis par le délégué général du Festival de Cannes. La Sélection Officielle s’est augmentée de la section Un Certain Regard, récemment devenue compétitive avec son propre jury. La Caméra d’or, récompensant un premier film toutes sections confondues, a encouragé un peu plus la venue de débutants, dont certains sont aujourd’hui célèbres. L’ACID, présente une programmation, choisie par des réalisateurs, en marge du Festival, elle est la petite dernière d’où émergent de nouveaux auteurs.

Le cinéma au Festival de Cannes, c’est ce tout disparate, complémentaire et pléthorique (tout augmente, ma bonne dame, le nombre de films aussi). Nous sommes fiers de contribuer à ce grand rendez-vous où la notion de « famille » du cinéma reprend un certain sens, via la Semaine de la Critique, dévolue aux premiers et deuxième films. Pour la sixième année, celle-ci est chapeautée par Charles Tesson, notre délégué général qui a réuni autour de lui, dans les comités courts et longs métrages, des membres éminents et enthousiastes de notre syndicat, et donc de la critique française. Oui, la critique française, celle-là même que d’aucuns s’accordent à trouver blasée ou trop intellectuelle, quand d’autres organisent à coup de dégraissages et de réduction de budget, sa disparition ainsi que celle de la presse en général.

Être touchés, bouleversés, interrogatifs, convaincus, chahutés, c’est ce qui nous fait ce que nous sommes, journalistes et critiques. Et fiers de l’être. Car vibrer, croire encore à du nouveau, du renouveau, avoir des certitudes, des peurs et des espoirs, c’est garder les yeux grands ouverts.

Isabelle Danel
Présidente du Syndicat Français
De la Critique de Cinéma
Et des films de Télévion

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