Lauréats 2011
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Lauréat du Prix de la meilleure critique française dans le cadre de la (Toute) Jeune Critique 2011

ex-aequo

Critique de Snowtown

Le reflet de Médusa


Un serpent. Une souris. Un doux festin s’organise et c’est le spectateur qui, broyé dans Snowtown, découvre une catharsis en l’incarnation de John Bunting. Nous sommes d’emblée introduit dans un univers triste ; banlieue australienne, lieu où règnent à la fois misères sociales et violences. Jamie, adolescent de 16 ans tente de vivre une vie paisible avec sa mère et ses frères mais sa tranquillité se découd subitement avec l’arrivée d’un nouveau « père ».
Snowtown, film fondé sur des faits réels, traite de plusieurs thèmes aujourd’hui très abordés, notamment dans cette 64ème édition du Festival de Cannes (souvenons-nous de films comme Michael ou même The Slut) : la violence et la pédophilie. Ainsi, en tentant de représenter le plus fidèlement possible un fait divers, Justin Kurzel, déjà présent à la Semaine de la Critique en 2005 pour son court-métrage Blue Tongue, impose au spectateur une image très crue et réelle de la violence et de la brutalité.
Des couleurs ternes à l’image de l’espace, une caméra ne proposant aucune alternative à la barbarie et la cruauté imposées, telles sont les outils du réalisateur pour nous tenir au plus près des évènements. Les différents aspects techniques nous témoignent donc de la volonté de l’auteur de « toucher » la sensibilité du spectateur afin de faire passer un message dur et réel. Snowtown est donc un film qui questionne, tout à la fois les rapports humains mais également une des fonctions du cinéma : faut-il montrer, ou pas, le réel tel qu’il est ?
Outre ces aspects intéressants d’un film dérangeant et innovant, Justin Kurzel nous montre quelques faiblesses quant à la structure même d’un récit « accidenté » ou d’un scénario quelque peu déstructuré. Ce « point faible » peut déranger la vision du spectateur tout au long de l’œuvre.
Le film dérange de par la reflection qu’il propose du spectateur. Ce dernier voit sa haine la plus profonde (pour les criminels) se manifester et s’incarner en la personne de John Bunting. De fait, le film, de par l’effet qu’il produit sur son public, est une réussite. Par conséquent, nombreuses sont les personnes qui, au milieu du film, déroutées et gênées par une violence exacerbée ont quitté la salle.
Snowtown incarne un cinéma qui serait une métaphore du bouclier avec lequel se protégeait Persée de Médusa : le reflet d’un réel insoutenable.

Rémy Bastrios
Romaric Siennat
Lycée Pablo Picasso, Perpignan

Critique de Sauna on Moon

Des lendemains qui dansent

Besoin d'un instant de plaisir? Les filles de "la lune de Chang'e" pourront assouvir vos désirs... Argent, sexe, prostitution... Le nouveau long-métrage de Zou Peng, Sauna on Moon, traite de sujets qui ne manqueront pas de faire crier les esprits. Réactions.
Grâce à des plans fixes mais aussi subjectifs, le point de vue de certains protagonistes est transmis à l'écran: A l'envers comme à l'endroit, leurs perceptions visuelles sont là. Des gémissements s'évadent d'une voiture garée. Une image retournée : regard d'une femme brûlante d'une pulsion sexuelle insatisfaite. C'est une prostituée.
Entre maison close et jambes ouvertes, Wu, gérant de cet empire du sexe à Macao, tente d'instaurer un paradis d'érotisme sans égal. Des filles par dizaines, une seule mission. Appétit pour le sexe, dépourvu de passion. Tandis que Lei est derrière les barreaux, Yiu a perdu la raison et d'autres s'imaginent chanteuses, échappatoire à cette vie de soumission à l'homme.
Le chant des vagues, claquement des talons. Enthousiasme sonore, sur fond de comédie: Il faut de l'enthousiasme, ces jeunes feignent donc l'orgasme. Très subtile mise en scène, qui livre au spectateur une image chargée de réalisme en couleurs. Sauna on moon donne à réfléchir, sans tomber dans le manichéisme de la dénonciation. Constatation proche du documentaire, ce film met en scène des acteurs sans expérience, révélant ainsi un humanisme et une naturalité saisissants. Toutefois, les images se décousent et le scénario se révèle défaillant: l'incertitude de la scène finale persiste toujours.
L’humidité des lieux se mêle à celle de l'extérieur. L'azur des nuées se reflète dans les profondeurs de la mer, des vagues d'écume ondulent l'horizon. Un arc de couleurs se dessine, comme pour couronner le spectacle. La note salée des clients est en fait le miroir d'une société dominée par l'argent. En Chine où la démocratie se porte mal, les problèmes sociaux et politiques se fondent dans l'expansion économique. L'argent, rien que l'argent. Des machines à sexes ambulantes pour un capital en mouvement. Confrontés à cette situation, tous rêvent de lendemains qui dansent.


Diana D’Angelo
Lycée Georges Clemenceau, Nantes

 

Preisträger des Preises der besten deutschen Kritik im Rahmen der (Ganz) Jungen Kritik 2011

Kritik zu The Slut

Wilde Tiere

Suchen die Menschen wirklich nach Freiheit, oder haben sie nur Angst vor dem Eingesperrtsein? Wo liegen die Grenzen zwischen Selbstbestimmung und Angst, zwischen Liebe und Zwang, wo liegen die Grenzen der Fürsorglichkeit? Inmitten stuckbröckelnder Baracken und endloser Einöde, in einem Niemandsland mitten in Israel, lebt eine junge Frau mit matten Augen das, was man sexuelle Freiheit nennen könnte. Nach der Schule spielt sie mit ihren Töchtern Verstecken in einem Labyrinth aus gestapelten Heuballen, später befriedigt sie einen Mann in einem Pferdestall, alles mit demselben Ausdruck kraftloser Gleichgültigkeit. Gesprochen wird selten.
Anfangs fällt es schwer, die Figuren, ihre Handlungen und Wünsche, zu erkennen, oder gar zu verstehen. Scheinbar ziellos ertränkt sich der Film in verschwommener Symbolik, während der Zuschauer wie durch ein Fernrohr die Oberfläche einer brüchigen Gesellschaft betrachtet. Die Kamera funktioniert im Debüt der israelischen Nachwuchsregisseurin Hagar Ben Asher als voyeuristischer Beobachter – mal blickt sie still und unbeteiligt durch verstaubte Fenster und halb geschlossene Türen, mal bannt sie die Weite der einsamen Landschaft, bis die Figuren mit der Szenerie zu verschmelzen scheinen. In diesen Momenten entfaltet der Film seine ganz persönliche verdrehte Poesie.
In einem knappen, fast belanglosen Gespräch lernt die junge Frau den Tierarzt Shai kennen, einige hastige Schnitte später schleppen die beiden Umzugskartons. Die Sequenzen, in denen die Töchter Shai mit zarten Gesten als Teil der Familie anerkennen, bringen die Wand zwischen Figuren und Zuschauer zum Bröckeln – gleichzeitig verschwimmen in subtilen Bildern die Grenzen zwischen Zuneigung und Lust. Die junge Frau könnte sich niederlassen, lieben, endlich eine „echte“ Mutter sein. Hinter diesem Happy-End-Szenario gräbt Hagar Ben Asher jedoch einen verstörenden Abgrund, in dem Freiheit zum Gefängnis, Unabhängigkeit zur Sucht und fürsorgliche Liebe zur Bedrohung wird: Wilde Tiere sollte man nicht in Käfige sperren.

Roberta Huldisch
Schiller Gymnasium, Berlin